989
Atlas biblique
128
Histoire
212
Lawrence Paul
Atlas de l’histoire biblique
2755000899
Atlas de l’histoire biblique
Recension
 
Commencer
 
Par Paul Lawrence
 
Paul Lawrence
Atlas de l’histoire biblique

trad. fr. Éd. Excelsis, Charols (Drôme), 2009, 188 p., 28 €

Cet ouvrage connaît, paraît-il, un certain succès. Nous aurions aimé le recommander car il est effectivement d’une belle facture éditoriale. Cependant il suscite de notre part quelques réserves.

Il se compose de 80 chapitres de deux pages en vis-à-vis, fort bien illustrées, dotées de cartes d’une remarquable lisibilité. Quant au texte, il s’agit d’une sorte de résumé du contenu des livres bibliques, de la Genèse à l’Apocalypse, dans l’ordre occidental habituel (la traduction de référence est la « Bible du Semeur », traduction moderne honorable d’obédience protestante évangélique – d’où un quasi-silence sur les « deutérocanoniques » catholiques et orthodoxes). L’objectif étant un parcours « historique », les écrits prophétiques, poétiques ou épistolaires sont présentées plus brièvement en fonction de la période où ils sont situés.

Le lecteur est surpris lorsqu’on lui affirme, sans hésiter, que le livre de Ruth date du temps des Juges (XIVe ou XIe s. av. J.-C., p. 59), celui de Jonas, du IXe ou VIIIe s. av. J.-C. (p. 86 – confusion typique entre l’époque du prophète et l’époque du livre) et celui de Daniel, de la fin de l’exil (le prophète aurait eu quatre-vingts ans en 537 av. J-C., p. 111), que la Genèse a été écrite par Moïse (p. 17) ou que des auditeurs ont pu noter « mot pour mot » les paroles de Jésus (p. 140) ! Enfin, il faut le dire : la répartition des épisodes du ministère de Jésus mélange tous les évangiles et ne repose sur rien (p. 138-145).

S’agirait-il d’un ouvrage fondamentaliste ? Les premières pages nous rassurent en partie : la création, comme événement, est distinguée nettement des récits qui en parlent, le « quoi » ne se confond pas avec le « comment » et quelques parallèles sont établis avec des poèmes mésopotamiens. Cette distinction, essentielle pour parler de la vérité théologique des textes bibliques, n’est malheureusement pas tenue dans le reste de l’ouvrage.

Par-delà une confusion entre vérité théologique et vérité historique, celui-ci témoigne d’une conception étroite de la vérité historique elle-même, rapportée à l’ancienneté du récit ou du témoignage (p. 7). Et ce n’est pas parce que l’archéologie confirme tel événement ou, au contraire, ne peut rien en dire (par ex., la prise de Jéricho, p. 48), que celui-ci est « vrai ». L’appel aux genres littéraires aurait pu enrichir et nuancer le propos : la vérité théologique est en effet affaire d’« écriture ». Dans l’acte d’écrire, il y a une part artistique, le cas échéant une volonté historiographique, en tout cas une recherche du sens que les textes bibliques honorent d’une façon moins simple que la présentation ici donnée (sur ces questions, la référence reste le petit livre de J.-L. Ska, Les Énigmes du passé [2001], voir CE n° 120, p. 62). Mais peut-être touche-t-on là aux limites du concept d’ « histoire biblique ».

Il y a quelques encadrés fort bienvenus et de belles cartes. La valeur historique de celles-ci est en général faible quand il s’agit de faits bibliques (elle est plus assurée en ce qui concerne le milieu du N.T.). Elles ont cependant un intérêt littéraire et esthétique si on les prend comme la visualisation du décor géographique des récits. Mais le décor, ce n’est pas encore le récit et encore moins la vérité de celui-ci.

L’essai valait d’être tenté car il répond à une attente du public. Il n’est pas transformé, loin de là. Peut-être un prochain atlas, plus rigoureusement articulé sur la réflexion critique contemporaine, plus œcuménique aussi ? (Gérard Billon)
Niveau de lecture : aisé
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org