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Ancien Testament
1013
Cruauté
1012
Sexe
53
Violence
87
Römer Thomas
Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament
2-8309-1367-5
Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament
Recension
 
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Par Thomas Römer
 
Thomas Römer
Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament

« Essais bibliques », Labor et fides, Genève, 2009, 150 p., 18 €

Voilà la troisième édition d’un petit livre paru en 1996. Il croît au fil des années et aborde de front des questions qui, depuis Marcion (iie s. apr. J.-C.), traînent dans la tête de bien des lecteurs : le Dieu de l’A.T. serait vindicatif (le Jéhovah terrible de Victor Hugo) alors que celui du N.T., dans la figure de Jésus, serait tout amour. L’objectif de Thomas Römer (T.R.), professeur à Lausanne et au Collège de France (Paris), est moins de briser ces images (le N.T. n’est pas abordé) que de montrer la complexité des textes auxquels on se réfère.

La longue introduction (20 pages) résume le consensus historique actuel concernant l’élaboration du discours hébraïque sur Dieu. Modèle du genre, elle est indispensable à tout animateur biblique et tout lecteur informé. Le talent de T.R. est de présenter de façon simple (et non simpliste) des questions de fond : « tous les énoncés sur Dieu dialoguent les uns avec les autres, et quiconque veut entrer dans cet espace de la Bible hébraïque doit prendre part à ce dialogue, doit s’approprier ou aussi critiquer les différents discours sur le Dieu vétérotestamentaire » (p. 26). Suivent divers chapitres comment autant de manières d’entrer en dialogue : Dieu est-il « …mâle ? », « …cruel ? », « …despote et guerrier ? », « …moralisateur ? » (ajout de cette édition, p. 95-107), « …violent et vengeur ? » (ajout de la 2e éd., 1998), « …compréhensible ? ». Les textes du Pentateuque sont privilégiés (surtout Genèse) et on regrettera donc un peu la quasi-absence des prophètes écrivains. Le dernier chapitre sur Dieu [in]compréhensible est essentiel au propos puisque, avec Job, Qohélet et Jonas, il met en cause le concept de la rétribution si prégnant ailleurs. Petit regret : la qualité technique des illustrations, mieux placées (Ma`at), est inférieure aux précédentes éditions.

Dans le nouveau chapitre sur Dieu moralisateur, il y a deux belles pages sur le Cantique des cantiques. Cependant, elles concluent une démonstration que l’on pourrait discuter. Certes, c’est Rm 5 qui développe la théorie du « péché originel » à partir de Gn 3. Mais peut-on vraiment dire que la transgression racontée est d’abord « la découverte de la sexualité » (p. 97) et que le récit réfléchit sur « la liberté et l’autonomie de l’homme et sur ce qui le distingue de l’animal » (c’est-à-dire une sexualité non limitée à la reproduction) « et de Dieu » (c’est-à-dire le statut mortel) ? À partir de là, la question morale est peut-être trop vue par le prisme (certes non exclusif) de la sexualité. Il y a matière à débat. Enfin, le lien entre Gn 3 et Rm 5 mériterait d’être réexaminé, mais peut-être par un autre type d’approche, plus « canonique ». Car la démarche de T.R. se veut historique avant tout, mettant en perspective les textes bibliques et la culture du Proche-Orient ancien. Elle a l’avantage de soustraire le discours sur Dieu à des projections trop immédiates. De ce point de vue, malgré la brièveté de l’ouvrage, le lecteur peut en tirer grand bénéfice. (Gérard Billon)
Niveau de lecture : aisé
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org