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Bible
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Exégèse
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Interprétation
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Moyen Âge
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Dahan Gilbert
Interpréter la Bible au Moyen Âge. Cinq écrits du XIIIe siècle sur l’exégèse de la Bible traduits en français
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Interpréter la Bible au Moyen Âge. Cinq écrits du XIIIe siècle sur l’exégèse de la Bible traduits en français
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Par Gilbert Dahan
 
Gilbert Dahan
Interpréter la Bible au Moyen Âge. Cinq écrits du XIIIe siècle sur l’exégèse de la
Bible traduits en français

Paris, Parole et Silence, « École Cathédrale », 2009, 183 p., 14 €

Un texte de Thomas d’Aquin (Quodlibet VII, question 6) présenté par G. Dahan (G.D.) est tout à fait passionnant, et mérite qu’on s’y attarde. Datant du début de l’enseignement de Thomas à Paris, au milieu du XIIIe s., il s’agit d’un exercice public, coulé dans la forme scolastique de la question disputée, où il faut de répondre à plusieurs questions ; ici, sur les sens de l’Écriture : « Si, en dehors du sens littéral, se cachent d’autres sens, spirituels, dans les mots de l’Écriture sainte ; quel est le nombre des sens de l’Écriture sainte ; si l’on trouve ces sens dans d’autres textes ». L’exercice autorise un vrai travail herméneutique, en lequel Thomas réaffirme l’importance du sens littéral tout en élargissant son champ à ce qui est de l’ordre de la morale ainsi qu’à ce qui appartient au langage métaphorique. Toute la difficulté herméneutique tient à ce que permet, au-delà du sens littéral et sans l’abandonner, la qualité métaphorique de l’Écriture sainte : les sens pluriels ne s’éliminent pas les uns les autres. Autre question de poids : puisque le langage de la Bible est poétique, ne serait-il pas du même ordre que le langage de la poésie ?

Le texte de Thomas se situe en plein dans une évolution herméneutique majeure – où G.D. situe la source de la modernité, plutôt qu’au tournant des Lumières – : reconnaissant la diversité du langage biblique, et la manière dont il transcende les possibilités de l’intelligence humaine, il indique l’exigence pour l’exégèse (et pour la théologie) d’utiliser un langage scientifique pour tenter de saisir quelque chose du message divin et pour le rendre intelligible.

Mais les quatre autres textes dont G.D. nous propose la traduction en français ne sont pas moins intéressants ! Celui de Thomas de Chobham, au début du XIIIe s., introduit les thèmes principaux de la réflexion herméneutique au tournant du siècle. Celui de Pierre de Jean Olieu, au milieu du siècle, un peu après Thomas, s’efforce de bien comprendre la distinction lettre/esprit, sans jamais dévaluer la lettre, et inscrit la progression de la lettre à l’esprit dans le même mouvement qui conduisent les Écritures jusqu’au Christ, leur centre. Celui de Henri de Gand, au troisième tiers du siècle, témoigne d’une grande confiance dans les progrès (scientifiques) de l’exégèse de l’époque. Enfin, celui de Nicolas de Gorran offre une Introduction à l’Écriture Sainte, qui apparaît comme une sorte de résultat du mouvement exégétique et herméneutique qui a animé le XIIIe s.

G.D. est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’exégèse au Moyen Âge et on lui doit déjà une excellente anthologie sur « l’Occident médiéval » (Supplément au C.E. n° 116, 2002). Ses traductions sont très agréables, les notes introductives et critiques indiquent ce qui est nécessaire sans plus, l’ensemble se lit donc très facilement. L’introduction générale à l’ouvrage, outre un rappel historique, fournit un bon tableau-repère de ce XIIIe s. qui a vu un important renouvellement des méthodes, a engagé une réflexion herméneutique de grande valeur, en bonne symbiose avec la théologie, et a ainsi pu élaborer une doctrine de la Bible où s’articulent exigence scientifique, capacité d’interprétation puis de prédication. Plonger dans ces textes du XIIIe s. offre une bouffée d’air frais, bienvenue au milieu de nos interrogations critiques d’aujourd’hui. Merci à l’auteur ! (J.-M. Carrière)
Niveau de lecture : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org