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Mission
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Collectif
Figures bibliques de la mission. Exégèse et théologie de la mission. Approches catholiques et protestantes
2-204-09081-0
Figures bibliques de la mission. Exégèse et théologie de la mission. Approches catholiques et protestantes
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Association francophone œcuménique de missiologie, M.-H. Robert, J. Matthey et C. Vialle (dir.)
 
Association francophone œcuménique de missiologie, M.-H. Robert, J. Matthey et C. Vialle (dir.)
Figures bibliques de la mission. Exégèse et théologie de la mission. Approches catholiques et protestantes

Paris, Éd. du Cerf, « Lectio Divina », 201 0, 260 p., 20

L'AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie) poursuit patiemment ses travaux depuis plus de quinze ans. Espérons que le volume que les Éd. du Cerf viennent de publier leur donneront un large écho. Entre une préface personnelle et engagée de P. Abadie et une conclusion théologique de J. Matthey, il se compose de trois parties: « Geste de Dieu », « Figures missionnaires », « Réceptions communautaires ».

Bien entendu, ce n'est pas l'exhaustivité qui a été recherchée, mais l'exemplarité. Les approches sont plutôt de type historique et littéraire, et le terme « figures », à la fois dans le titre général et l'intitulé de la partie II, oriente notre lecture. Figures donc (au pluriel) de la mission (singulier). En littérature, une figure peut être un personnage, mais aussi un événement raconté; elle renvoie à une réalité qui ne peut être appréhendée que par le langage. En faisant appel à des figures bibliques pour dire la réalité singulière de la mission, les contributeurs se soumettent d'emblée à la pluralité.

Le premier article porte sur la bénédiction et donne un horizon large et positif : le Dieu de la Bible veut du bien à l'humanité. L'article évoque des traditions différentes (textes deutéronomistes, sacerdotaux, etc.), voire des traductions différentes (« en toi, Abraham, seront bénies [ou se béniront ? ] toutes les nations »). Tension entre universalisme et élection d'un seul (d'un peuple ? ) pour le bonheur de tous. Les trois articles de la partie I, « Geste de Dieu » J.-D. Maccht, C. Viallea, M.-H. Robert), maintiennent ainsi les discordances de l'écrit et l'ouverture des lectures. Dès la Torah, la Bible est traversées d'échos multiples pour un même projet qu'en théologienne, M.-H. Robert résume sous le terme de missio Dei. La mission, avant d'être effort humain, est désir divin.

Les trois articles de la partie II, « Figures missionnaires » (E. Cuvillier, P. Djomhoué, J.-F. Zorn), aident à relire des récits, justement exemplaires, où des individus répondent à l'appel de Dieu à coopérer à sa mission: Paul, la Samaritaine, l'invitation du Macédonien (Ac 16). Ce dernier épisode est un récit fondateur (c'est le moment où l'itinéraire de Paul bascule de l'Orient vers la Grèce et l'Occident) mais, selon les Actes, c'est également toute l'histoire de Paul qui est devenue « figure ». Dans ce contexte lucanien, la relecture de Jn 4 par la camerounaise P. Djomhoué évite avec bonheur une perspective trop consensuelle.

La contribution de J.-F. Zorn sur le Macédonien est moins exégétique qu'historique (il s'intéresse à la manière dont l'épisode a été lu dans l'histoire quand l'Église se pense minoritaire) et aurait pu trouver place dans la partie III, « Réceptions communautaires » (C. Paya, P. Poucouta, M. Schöni, J. Matthey). Les auteurs montrent ici comment l'Évangile s'incarne dans des formes de vie communautaire (paroles, actions, prières) dont la fonction (la mission ? ) est de devenir espaces de vie nouvelle et noyaux de transformation de la société. Il y a là quelques points forts d'ecclésiologie alimentés par la diversité confessionnelle des auteurs. L'article de M. Schöni remet au premier plan la pluralité évoquée en ouverture par J.-D. Macchi en confrontant le corpus johannique et le corpus lucanien (décidément très présent), le premier qualifié de « centripète » et le second de « centrifuge ». Il s'agit d'ailleurs moins de les opposer que de les recevoir comme un modèle de tension néotestamentaire.

L'ensemble des contributions se lit avec facilité, les auteurs ayant su éviter toute surcharge érudite. L'ouvrage est donc destiné à être largement diffusé et lu. Sa largeur de vue et sa simplicité d'exposition permettent encore une fois d'admirer comment la Bible est source de « figures » poétiques qui s'incarnent ensuite dans l'histoire humaine. (G. Billon)
Niveau de lecture : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org