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Débuts du christianisme
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Marguerat Daniel
L'aube du christianisme
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L'aube du christianisme
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Par Daniel Marguerat
 
Daniel Marguerat
L'aube du christianisme
« Le monde de la Bible », Labor et Fides / Éd. Bayard, Genève / Paris, 534 p., 27,50 €

Cet ouvrage se présente comme un recueil de dix-huit articles publiés par Daniel Marguerat (D.M.) entre 1988 et 2006. Il comporte quatre parties, suivies par un très abondant index scripturaire. Dans la première partie, après avoir situé l'originalité du Jésus historique, qui « hérite à la fois du discours de sagesse et de l'impétuosité prophétique », le professeur de Lausanne s'interroge : les recherches sur le Jésus de l'histoire sont-elles utiles ou nuisibles à la foi ? La réponse est claire et nette : « Je refuse résolument le divorce de l'histoire et de la théologie : la quête du Jésus historique est nécessaire à la théologie, car elle obéit à une logique d'incarnation ». C'est l'objet des chapitres 3 et 4.

La deuxième partie est consacrée au « géant » du christianisme que fut Paul de Tarse. Au fil des chapitres, se dessine une conviction : Paul « fut grand par l'emprise de son œuvre missionnaire. Il fut grand surtout par la force pénétrante de sa réflexion théologique, qui même si elle fut contestée déjà de son vivant, constitue l'un des pôles auxquels se fixa l'identité chrétienne ». Si les chapitres consacrés au « retournement » qu'a représenté la conversion de Paul sur le chemin de Damas sont particulièrement suggestifs, ceux qui évoquent la dimension mystique de Paul, ou sa tendresse à l'égard des communautés le sont tout autant.

Dans un registre très différent, parce que relevant essentiellement de l'approche narrative et non plus historique, D.M. s'intéresse, dans la troisième partie, aux évangélistes Marc et Matthieu. Avec deux questions préalables : Comment le texte agit-il sur le lecteur ? Plus exactement : Quel type de lecteur cherche à construire la stratégie narrative déployée dans le texte ?

Dans la quatrième partie de l'ouvrage, qui aborde l'œuvre de Luc, D.M. plaide pour l'attribution à Luc du titre de « premier historien du christianisme ». Particulièrement éclairant est ici le chapitre consacré à l'image de Paul dans les Actes des Apôtres. On y découvre comment Luc « confère à la figure de Paul une dimension emblématique de l'identité chrétienne (...), Paul incarnant à la fois la continuité avec Israël et la nouvelle initiative de Dieu pour le salut du monde ». L'image lucanienne d'un christianisme intégrateur, en qui peuvent se fondre l'histoire particulière d'Israël et l'universalité romaine, trouve ainsi dans la figure de Paul sa concrétisation et son anticipation.

À la lecture de cette trop rapide présentation, on aura compris l'importance et la richesse de cet ouvrage, remarquablement documenté, qui nous fait pénétrer dans ce premier siècle « où le christianisme se prépare à devenir un mouvement religieux autonome, mais ne l'est pas encore ». C'est l'aube du christianisme. Le dialogue entre l'Église et la Synagogue est toujours ouvert, même s'il est irrémédiablement conflictuel. Le christianisme cherche son identité entre Rome et Jérusalem, et des théologiens de très haut niveau - Paul, Marc, Matthieu et Luc - produisent des écrits où se fixe la mémoire chrétienne. (Pierre Debergé)
Niveau de difficulté : moyen
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org