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Job
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Ternay (de) Henry
Avec Job, de l'épreuve à la conversion
2-87324-322-7
Avec Job, de l'épreuve à la conversion
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Par Henry de Ternay
 
Henry de Ternay
Avec Job, de l'épreuve à la conversion
« Écritures » 12, Lumen Vitae, Bruxelles, 2008, 176 p., 19 €

Le livre de Job est comme une matrice extraordinairement féconde. Sans cesse en naissent de nouvelles réflexions sur la condition humaine devant Dieu et devant la terrible question que pose la souffrance de l'innocent. Ce petit livre d'H. de Ternay (H.d.T.) en est un bel exemple. Il est le fruit d'un long cheminement : de 1981 à 1991 l'auteur travaillait sur ce thème avec des groupes œcuméniques au Brésil et, plus récemment, au Centre Sèvres de Paris, il donnait un cours sur « La philosophie et la figure de Job face à la brutalité énigmatique du mal ». Sans être un commentaire complet, vu ses dimensions, l'ouvrage propose une lecture suivie du livre considéré comme un drame dont les quatre actes sont les trois cycles de dialogues entre Job et ses amis d'une part, et d'autre part le dialogue - si l'on peut dire - entre Job et Dieu. Au centre, l'éloge de la Sagesse, comme un interlude musical, joue un rôle très important. L'approche est donc narrative.

Et attentive. Attentive au texte lui-même, étudié de près ; attentive à Job, à ses questions, à ses révoltes, à son désarroi jusqu'au délire, à son espérance ; attentive aux « amis » aussi, pour essayer de comprendre leur point de vue, même si eux sont incapables de comprendre l'expérience de Job. Derrière cette lecture se profile l'expérience de la rencontre des pauvres. « Elle [la doctrine de la rétribution] sert très bien les intérêts des riches et des puissants qui, en plus d'exploiter les faibles et les pauvres, veulent encore qu'ils soient humiliés, obéissants, doux, honnêtes, propres, respectueux et éduqués. Ils veulent qu'ils apprennent par leur souffrance à se soumettre à tout et à tous, sans se révolter contre l'injustice... » (H.d.T. cite ici L. J. Dietrich, théologien brésilien).

On voit Job devenir la fable (mashal) des peuples (17,6), en ce sens qu'il ne représente pas seulement l'individu criant sa souffrance, mais des communautés humaines entières en situation de détresse, jadis Israël en exil, aujourd'hui les habitants des favelas et d'ailleurs. La religion utile des amis de Job, mise en question, nous renvoie à l'athéisme d'aujourd'hui.  On voit aussi, comme l'indique le sous-titre, Job vivant une étonnante conversion. Lui, l'homme intègre et droit par hypothèse, va passer de la question : la Sagesse où se trouve-t-elle ? à la question : la Sagesse, d'où vient-elle ? Autrement dit la recherche prométhéenne de la vérité cède la place à l'accueil de la révélation. Au début du livre, Satan lançait le défi : est-ce pour rien que Job craint Dieu ? (1,9). À la fin, Job fait l'expérience de la gratuité du salut, longtemps avant Jésus et Paul. L'ouvrage est complété par une bibliographie significative et un petit glossaire très bienvenu.  (Paul Agneray)
Niveau de difficulté : moyen
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org