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Langue des signes
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Luc (évangile de)
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Vidéo
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Billon Gérard
Vidéo : L’Évangile de Luc en langues des signes
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Il existe maintenant une traduction d’un évangile - Luc - en langue des signes
 

L’événement a pu passer inaperçu avant l’été – sauf des sourds eux-mêmes et de ceux qui leur sont proches – mais il existe maintenant une traduction d’un évangile en langue des signes. Pilotée par l’Alliance biblique française, elle a pu être menée à bien grâce à la collaboration des différentes Églises, catholiques ou protestantes, dans chacun des pays représentés. Elle a mobilisé, durant trois années, une centaine de bénévoles – sourds et entendants – répartis dans neuf groupes de travail : cinq en France, deux en Suisse, un en Belgique et un au Congo-Brazzaville. Devant la caméra, quatorze « signeurs » se succèdent pour arriver à huit heures d’images (six pour l’évangile lui-même et deux pour les bonus et le vocabulaire).

Pourquoi cette traduction inhabituelle ? Pour les aveugles, on imagine facilement un gros volume imprimé en Braille, ou des enregistrements audio… Mais pour les sourds, on suppose que leur handicap ne les empêche pas de lire, puisqu’ils on des yeux pour voir ! Or, il n’en est rien. Pour un sourd profond de naissance qui n’a jamais entendu le moindre son, les signes de l’écriture ont peu de sens. Ils sont souvent comme des coquilles vides. C’est pourquoi, au XVIIIe siècle, l’Abbé C.-M. de l’Épée (1712-1789) a « inventé » la langue des signes, basée sur une relation vision-geste (yeux-mains), et non pas, comme celle des entendants, sur la relation audition-parole (oreilles-voix). Parfois méprisée par la suite, améliorée avec difficulté et passion, elle a été reconnue comme langue vivante de la République… en février 2005. Elle possède sa propre syntaxe, son lexique et sa stylistique.

Aujourd’hui, en France métropolitaine, plus de cinq millions de personnes sont touchées par la surdité, mais seules 155 000 utilisent la langue des signes. Répétons-le, celle-ci est une langue à part entière, distincte du français parlé. Cette traduction participe d’ailleurs des efforts réalisés par les personnes sourdes pour valoriser et perfectionner leur langue.

Les DVD poursuivent plusieurs objectifs : permettre aux personnes sourdes de recevoir un texte biblique, à leurs amis de se perfectionner (sous-titrage, voix off), et aux animateurs, de disposer d’un outil catéchétique adapté aux différentes tranches d’âge. On a là une sorte de réponse à un constat qui inquiétait les responsables des Églises : les communautés et paroisses locales – catholiques ou protestantes – ne proposent pas de dispositif particulier de traduction en langue des signes durant les offices religieux. Le matériel audiovisuel et le recours à des interprètes professionnels sont coûteux, et ces derniers manquent parfois de vocabulaire religieux. Parmi les sourds, certains abandonnent toute recherche spirituelle. Le souci, exprimé par le Synode des évêques catholiques sur la Parole de Dieu, a été repris dernièrement par le pape Benoit XVI dans l’exhortation apostolique Verbum Domini (§ 71). L’outil proposé ici par l’Alliance biblique française au service des personnes et des institutions ne pouvait mieux tomber. Il est à espérer qu’il sera effectivement utilisé par les Églises.

Nous ignorons ce qui a présidé au choix de l’évangile de Luc, même si on le devine. Moins nerveux que Marc, plus chaleureux que Matthieu, il contient des passages qui ont marqué les lecteurs au fil des siècles : annonciation, nativité, paraboles du Bon Samaritain, du Fils prodigue, épisodes du Bon larron, du chemin d’Emmaüs, etc. Et puis, n’est-ce pas l’évangile qui insiste le plus sur le salut de Dieu pour tous : prisonniers, aveugles, boiteux, lépreux, sourds (voir Lc 7,22) ?

Chaque chapitre de l’évangile de Luc est subdivisé en sous-parties numérotées et illustrées pour faciliter la navigation et la mémorisation des textes « signés ». Dans chaque DVD, une section « Lexique » propose trente mots de vocabulaire nouveau (des mots bibliques n’avaient pas de signe spécifique, ou bien les signes différaient selon les régions, tels Abraham, Galilée, le temple de Jérusalem, prêtre juif, etc.).

Le coffret contient le texte intégral de l’évangile de Luc en version « Parole de Vie » – une version de référence pour qui vit dans un milieu qui ne maîtrise qu’imparfaitement le français officiel. Par comparaison, les bilingues pourront mesurer les subtilités de la traduction en langue des signes française. L’Alliance biblique française en restera-t-elle là ? On imagine la somme de travail qu’il faudrait dépenser pour traduire toute la Bible. Un autre évangile est-il envisageable ? On le souhaite.

Société biblique française – Bibli’O, Villiers-le-Bel, 2010. – 3 DVD, 25 €


©
Gérard Billon, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 154 (décembre 2010), "Le Dieu unique et les autres - Esquisse de l'évolution religieuse de l'ancien Israël", p. 71-72. 

 

 

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org